Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


Le gardien (Note d'intention du metteur en scène)


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Pinter est un héritier du théâtre de l’absurde. Je trouve son théâtre pas si éloigné que ça de celui de Beckett.
L’innovation de Pinter consiste à plonger ce théâtre dans un environnement beaucoup plus concret, d’une grande réalité. Les intrigues peuvent sembler en apparence anodines, quotidiennes. Mais la filiation avec le théâtre de l’absurde n’en reste pas moins très forte ! La beauté du théâtre de Pinter réside ailleurs que dans l’histoire et les conversations.
On parle souvent de « comédie de la menace » chez Pinter. Et c’est vrai que l’absurde chez Pinter est souvent menaçant. On pressent un déchirement, une révolution, qui n’aura sans doute jamais lieu. C’est ce qui déroute parfois dans certains textes de Pinter : le public pressent la menace mais il attend en vain qu’elle se réalise, qu’elle se dévoile au grand jour. Mais l’intérêt de ces textes réside bel et bien dans la menace elle-même, et non dans son exécution. C’est un théâtre d’ambiance comme peut l’être le cinéma de Lynch ou de Cronenberg !
Mais n’oublions pas que dans « comédie de la menace », il y a aussi le mot « comédie », c’est un théâtre qui sait aussi nous faire rire !
Il y a une chose très intéressante dans les pièces de Pinter, c’est le décalage entre la légèreté apparente de ce qui est dit et la profondeur des non-dits, l’importance de l’ « au-delà » le texte. Ce décalage laisse une grande part à l’imagination, aux interprétations du spectateur, car ce qui est important n’est jamais explicite. C’est un terrain de jeu incroyablement excitant pour un metteur en scène, pour un comédien, mais aussi pour chaque spectateur !
Pour moi, « le Gardien » est le parfait exemple de cette particularité de l’uvre de Pinter.
Il faut s’attacher à l’histoire qui se joue entre les lignes, dans les silences, au-delà de celle que veulent bien nous raconter les personnages (disent-ils seulement la vérité ?). On n’y parle que de chaussures et de fuite dans le toit… mais pour qui sait dépasser la surface visible, on y découvre un monde ilé de sous-entendus.
La pièce parle de la nature humaine, de son inconstance… Mais sans jamais juger ! Chacun peut avoir une vision personnelle de ce qu’elle aborde « vraiment », et c’est ce qui m’intéresse.
Pour moi ma vision de l’histoire, mon Gardien à moi, que j’ai essayé de ne jamais imposer au spectateur - c’est une étude, une dissection du « trio ». L’arrivée d’une troisième personne dans un duo, quel qu’il soit, c’est toujours une révolution.
C’est passer du « couple » à une entité totalement différente, bien moins connue, source de rivalité, de rapports de force, de jalousie. On utilise l’autre, chacun est objet et sujet à la fois. Qui contrôle vraiment le trio ? On parle de l’individu, du couple, et puis… du groupe.
Le trio est tout particulièrement intéressant car il est le plus petit des groupes. C’est pour moi un noyau passionnant pour explorer la nature humaine. Finalement, c’est une histoire de ménage à trois !
La pièce souligne aussi l’échec du langage et plus largement de la communication entre les hommes. Elle parle de l’impossibilité de se comprendre, de se faire comprendre. Et cette incapacité à communiquer entraîne l’impossibilité de se rencontrer vraiment. Malgré leurs efforts, les trois personnages sont terriblement seuls (au point de se demander si tel personnage n’est finalement pas le fruit de l’imagination, de l’inconscient de tel autre). Cette solitude est pour moi un sujet central du Gardien.
Dans mon approche du Gardien, je n’ai pas cherché à présenter une histoire « vraisemblable ». Ce que j’ai souhaité mettre en avant, c’est justement la beauté absurde de cette histoire. Ce texte ouvre beaucoup plus de portes qu’il n’en ferme. Nombres de questions restent sans réponse. J’ai voulu en respecter tout le mystère. J’essaie en permanence de stimuler l’imagination du spectateur, de l’amener à se poser toutes les questions auxquelles le texte ne réponds pas, en les laissant libre de décider quelle seront leurs réponses. Je n’ai aucune réponse à apporter, chaque spectateur repartira avec sa propre histoire, son propre Gardien.


La Manufacture des Abbesses

7 rue V�ron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


Le gardien

Note d'intention du metteur en scène

Th��tre Pi�ce: Le gardien

du 10 décembre au 24 janvier
les jeudis 21h vendredis 21h
samedis 21h dimanches 17h