Théâtre La Manufacture des Abbesses

Théâtre à Paris - La Manufacture des Abbesses


Madame Diogène (Note d'intention)


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Madame Diogène c’est d’abord celle qu’on ne voit pas - qu’on ne veut pas voir, dont tout le monde se fout et que tout le monde fuit. Dont personne ne connaît l’histoire. Que personne ne veut connaître. Parce qu’ensevelie sous le chaos accumulé, errant, grattant, creusant, se terrant avec la vermine et toutes les bestioles - elle pue. Parce qu’elle est folle. Parce que, cynique, elle nous ramène à notre condition animale. Parce que, révoltée, elle a mis à bas l’ordre des choses.

La montrer donc. Pour qu’on sache. Pour qu’on la voie et pour qu’on l’entende. Mais comment la montrer?

Jeanne ne joue pas Madame Diogène. Il y aurait quelque chose d’indécent à singer la folle. Suffit de la dire. De faire confiance au roman. Suffit de laisser la poésie la dessiner en nous - nous faire retrouver celle-là que nous avons forcément croisée : voisine discrète, vieille clocharde, ou morte qui hante nos souvenirs. Celle que le monde nous fait devenir.

Inutile aussi d’imiter non plus le bordel qu’elle habite. La scène nue - c’est à ça qu’elle aspire, c’est ça qu’elle promet : le lieu enfin où n’importe quoi peut arriver, la première révolution qui passe éclore, un printemps neuf se mettre à défiler. Seules l'eau et la cendre viennent figurer ici les ruines du monde d'aujourd'hui, le monde élémentaire qu'elle retrouve, le monde régénéré qu'elle rêve. Son désordre - à nous de l’imaginer. A nous de peupler l’appartement de la vieille de notre grand désordre intérieur, à nous de déverser là nos encombrantes choses, tout notre hétéroclite et inutile fatras. De nous en défaire. De repartir plus légers.

On peut être tenté de se boucher les oreilles, les yeux, le nez. On peut toujours rejeter la littérature, la vérité. Mais voici l’homme - mais malheur à vous, riches - mais le livre nous délivrera du désordre des choses: voilà ce qu’en son sabir nous répète Madame Diogène. Elle dit, cette prophétesse d’HLM, que le monstre n’est pas elle. Que les sauvages, ce sont toujours les autres. Qu’une âme crasseuse, sans un seul rêve qui luit, sans le parfum d’aucun souvenir d’arbre, est bien pire qu’un salon sale.

Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.


Aurélien Delsaux, juin 2015


La Manufacture des Abbesses

7 rue V�ron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03 - contact

 


Madame Diogène

Note d'intention

Th��tre Pi�ce: Madame Diogène

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